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L'Eucharistie, pour adorer ou pour communier ?

Noir : Je suis hyper mal à l’aise avec ces adorations eucharistiques ! Ces personnes qui se regroupent en silence pour ce tenir devant le pain eucharistié, le Corps de Jésus, pour prier et adorer. Jésus a dit « prenez et mangez » et non pas « prenez et adorez ». Pourquoi toutes ces personnes viennent adorer, voir même se relayer pour adorer jour et nuit ? Le Christ nous attend plutôt à la messe le jour de sa résurrection, le dimanche, pour célébrer sa mort et sa résurrection pour nous et y communier en communiant à son Corps et à son Sang.

Voix off : L’Eucharistie: c’est pour adorer ou pour communier ?

blanc : Justement, il y a tellement de grâces différentes lors de la prière eucharistique que beaucoup veulent goûter ces grâces qu’ils ont reçu à la communion, mais aussi pendant l’élévation où l’on contemple le Seigneur, ou encore juste avant la communion où le prêtre, comme Jean-Baptiste, désigne celui qui a enlevé le péché du monde. Beaucoup, à ce moment-là dans l’assemblé, savent quel péché, quel combat Jésus leur a enlevé. De plus, quand je contemple le Christ dans l’adoration eucharistique, j’ai le temps de méditer sur l’amour qu’il a pour moi, lui qui a donné sa vie par amour pour moi. Lui aussi, me contemple et je me laisse contempler.

Noir : Mais l’homme est créé rationnel par Dieu, et là, il devrait laisser son intelligence en état de mort cérébrale, pour perdre du temps devant un morceau de pain / se tenir des heures devant ce Pain qui est fait pour être consommé ?

Blanc : Non, Thomas d’Aquin enseigne que, dans l’adoration, la foi, qui est un acte de l’intelligence, va au delà de ce que nos sens peuvent voir.

Noir : Ok, mais c’est une dévotion tardive, qui date du 13ème siècle. Les apôtres, Saint Augustin, saint Benoît ou saint Martin, aucun n’ont pratiqué l’adoration eucharistique. Pourquoi l’adoration eucharistique serait la seule dévotion obligatoire ? Moi je préfère faire lectio, comme les pères de l’Église, en méditant longuement la Bible, c’est une dévotion plus traditionnelle.

Blanc : Le lectio divina est une dévotion très ancienne, mais aussi très élitiste, puisqu’il fallait posséder une bible et savoir lire. Ce n’est pas parce qu’une dévotion est tardive qu’elle n’est pas une authentique prière : le chapelet ne date que du XIIIème, l’oraison carmélitaine ou ignacienne du XVIème siècle, le chemin de croix est diffusé en Europe au XVIIème, la dévotion à Saint-Joseph date du XIXème. Certaines dévotions prennent de la vitalité, d’autres en perdent, comme le culte des reliques ou la dévotion au Saint Nom de Jésus. Aucune dévotion n’est obligatoire. La seule forme de prière où Dieu attend chaque chrétien est l’accueil des sacrements, principalement la messe du dimanche. Ensuite, chacun pratique les dévotions qui lui conviennent le mieux, car chaque dévotion déploie une des grâces de la messe : la louange déploie le Gloria, la lectio ou l’oraison, nous permettent d’habiter les grâces de la liturgie de la parole ; La prière eucharistique est la source des prières d’adoration, du culte des reliques et des saints, la prière pour le pape et les pasteurs. Enfin, les fêtes liturgiques sont vécues régulièrement dans les mystères du Rosaire… Les seules prières qu’aucune dévotion ne peut déployer et donc remplacer, ce sont les sacrements, et spécialement la communion au Corps et au Sang du Christ.

Noir : Je comprends mieux pourquoi il y a tant de dévotions différentes, pour chacun et à chaque époque, avec une chose en commun à tous : les sacrements et spécialement la messe. Mais tu ne m’ôteras pas de l’esprit que certaines personnes ont un rapport magique à l’adoration eucharistique : toutes ces génuflexions, elle donnerait des grâces automatiques …

Blanc : Dès l’ancien testament et jusqu’à Jésus, les prophètes ont dénoncé le rapport magique à toute forme de prière ou de dévotion : Dieu est souverain dans les grâces qu’il donne dans les âmes. Et qui sommes-nous pour juger de la vérité des cœurs ? Ce sont les pasteurs et les accompagnateurs spirituels qui nous aident à être authentiques devant le Christ. En se tenant régulièrement et longuement devant Dieu, le peuple chrétien a fait l’expérience que Dieu nous transforme en profondeur.

Ce que dit le père de l’Eglise Poemen de la Parole de Dieu, est vraie aussi de l’adoration : L’eau est molle et le pierre est dure. Cependant, l’eau tombant d’un vase goutte à goutte sur la pierre la perce peu à peu. Il en est de même de la Parole de Dieu, Bien qu’elle soit molle en quelque sorte par sa douceur, et que notre cœur soit dur par son insensibilité, si on a soin d’écouter souvent cette divine parole, elle ouvre enfin le cœur malgré sa dureté pour y faire entrer la crainte de Dieu. Ainsi, toutes les dévotions, et spécialement l’adoration, transforment peu à peu les vies de ceux qui se présentent authentiquement devant Jésus, tant que ses disciples vivent de la pratique la plus fondamentale de la foi chrétienne : la messe du dimanche, le jour de la résurrection.

frère Raphaël de Bouillé

Frère Raphaël de Bouillé, du couvent de Nancy, a été ordonné prêtre en 2012. Il s'est spécialisé dans l'accompagnement des acteurs pastoraux et dans la théologie pastorale

frère Mathieu-Marie Trommer

Le frère Mathieu-Marie Trommer est frère étudiant au couvent de Fribourg où il termine son baccalauréat canonique en théologie.