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Faut-il faire des aller-retours entre Ancien et Nouveau Testament ?

C’est mon quatrième conseil pour lire la Bible : 4ème  Conseil : Lire encore. Il n’y a pas de minimum « à lire », la Bible est un monde à explorer ! Je crois que nous venons de voir  qu’il nous reste pas mal de boulot !
B : C’est bon, rien à redire là-dessus !
N : Non mais cela me pose de nouveau une question sur ton parcours biblique !
B : ah bon, laquelle ?!
N : Ben, le prochain texte que tu vas étudier c’est une lettre de Saint Paul non ?
B : C’est bien ça !
N : Tu sembles donc vouloir faire des aller-retour entre Ancien et Nouveau Testament ! Mais est-ce que cela ne risque pas de tout emmêler, de faire ça ?!
N : Je ne reviens pas sur le fait de lire l’histoire dans l’ordre ou dans le désordre ! Je dis seulement que Nouveau et Ancien Testament ont chacun leur logique propre et qu’il serait plus logique de lire l’un et l’autre pour lui-même ! Voir comment les prophètes relisent l’histoire d’Israël sans tout de suite sauter à Jésus par exemple. Découvrir comment les psaumes reprennent et universalisent des situations vécues par des personnages bibliques avant d’y voir des prophéties de l’histoire des Évangiles !
B : Il est intéressant que tu donnes seulement des exemples de l’Ancien Testament, car cela serait bien plus difficile à faire dans le Nouveau ! On ne peut pas lire un Evangile sans qu’une référence nous renvoie à l’histoire d’Israël et on ne peut pas lire saint Paul sans tomber rapidement sur une citation d’un psaume ou d’un prophète ! Mais cela implique que, dans l’autre sens aussi, il n’est pas illégitime de faire de lien vers le Christ en lisant l’Ancien Testament ! L’un éclaire l’autre : l’Ancien contient en germe le Nouveau et le Nouveau plonge ses racines dans l’Ancien. Faire des allers-retours entre l’un et l’autre me paraît au contraire une manière féconde de lire la Bible !
N : Certes, mais le risque est grand, du coup, de tout ramener au Nouveau Testament qui parle explicitement de l’Ancien, alors que le contraire n’est pas si simple ! Même si, pour nous chrétiens, l’Ancien Testament parlait déjà de Jésus qui devait venir, ce n’est pas la seule interprétation possible. Les juifs lisent jusqu’à aujourd’hui ces mêmes textes sans y voir le Christ, et leur interprétation est légitime. Souvent cette approche se révèle même féconde pour nous chrétiens en nous évitant des raccourcis auxquels nous sommes habitués et en nous permettant de découvrir que Jésus accomplit les Écritures d’une manière plus profonde que nous le pensions ! Par exemple : en évitant de voir aussitôt dans le serviteur souffrant d’Isaïe le Christ durant sa passion, nous pouvons réaliser que cette mystérieuse figure peut désigner le peuple d’Israël tout entier, qui doit passer par la mort de l’Exil pour ressusciter dans une relation approfondie à son Dieu ! Le Christ ne vient donc pas simplement vivre les événements qui avaient été devinés à l’avance par le prophète Isaïe, mais il vient récapituler en sa mort et résurrection toute l’histoire d’Israël !
B : C’est assez juste ce que tu dis là, mais il me semble que c’est plutôt une chose à garder en tête lorsqu’on lit l’Ancien Testament qu’une raison de ne pas faire d’aller-retour entre Ancien et Nouveau Testament !
N : Je te l’accorde, après tout « la Bible est un monde à explorer » il ne faudrait pas commencer à y dresser des murs !
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Frère Pierre de Marolles

Le frère Pierre de Marolles est dominicain de la Province de Suisse. Il est titulaire d’un Master et d’une licence canonique en théologie de l’Université de Fribourg (Suisse). Il s’est spécialisé en Bible. Il vit actuellement dans la communauté Saint Nicolas de Myre de Zurich.