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Le sommaire

Faut-il lire les récits bibliques dans l’ordre ?

B : C’est mon deuxième conseil pour lire la Bible : 2ème Conseil : Lire vraiment. Ne jamais se dire « je connais déjà » un texte biblique est à chaque fois nouveau ! Je crois que nous venons de voir que cela en vaut la peine ! Quoi quelque chose à redire ?!

N : Non ! Je me posais juste une question qui n’a rien à voir avec ton 2ème conseil… Une question sur ton parcours biblique !

B : Dis toujours !

N : Tu as commencé par un évangile et tu es ensuite revenu au livre de l’exode. Tu as même dit dans ta première vidéo qu’il ne fallait pas commencer à lire la Bible par la Genèse ! Mais ne serait-il pas logique de lire les récits bibliques dans l’ordre ?!

N : la Bible est une grande histoire : elle part de la création, décrit le choix d’Abraham et de sa descendance, comment avec Joseph ce peuple s’est retrouvé esclave en Égypte, comment Moïse l’en a fait sortir, puis vient l’entrée en Terre Promise, le début de la royauté en Israël ,David le roi selon le cœur de Dieu ,Salomon qui construit le Temple ,la déportation à Babylone et le retour d’exil ,enfin, avec le Nouveau Testament, la venue du Messie tant attendu, sa mort et sa résurrection. Certains voient même dans le livre de l’Apocalypse un récit de fin du monde qui mènerait l’histoire jusqu’à son terme. Mais là-dessus je crois qu’on a suffisamment donné notre avis… En tout cas la Bible se présente comme un récit unifié : n’est-il pas bizarre de remonter à rebord comme tu le fais ?

B : Il faudrait déjà commencer par remarquer que les récits bibliques ne sont pas si unifiés que tu le présentes ! Ce sont des textes rédigés par des personnes, à des époques et dans des buts différents ! Entre les récits des origines qui recourent à la poésie et même aux mythologies pour parler de Dieu créateur, le roman des patriarches qui prend bien souvent les couleurs du conte pour rapporter les promesses de Dieu ,la grande aventure de l’Exode dont les accents épiques côtoient de longs développements juridiques, l’épopée des rois d’Israël, dont l’aspect plus historique cache à peine le propos théologique, le drame de l’Exil qui nous est surtout connu à travers l’écho qu’il a eu chez les prophètes comme Jérémie et Ézéchiel et enfin les Évangiles, qui entendent annoncer la Bonne Nouvelle et se présentent comme un témoignage de première main ! Niveler tout cela en en faisant les épisodes d’une série à suivre n’est pas sans risque de faire des contre sens.

N : Certes n’empêche qu’il y a eu des gens pour penser que tous ces livres pourrait être réunis dans cette bibliothèque qui s’appelle la Bible ! Et comment comprendre le Christ sans comprendre d’abord qu’Israël attendait un nouveau roi de la descendance de David ! Comment comprendre David sans comprendre d’abord d’où venait ce peuple Hébreu avant d’arriver au pays des Cananéens ! Comment comprendre les Hébreux sans comprendre d’abord l’appel d’Abraham à quitter le pays de ses pères !

B : Mais justement la manière dont tu le présentes montre bien que d’une certaine manière il est plus logique de « remonter » ainsi l’histoire à l’envers ! L’ordre de découverte est souvent le contraire de l’ordre chronologique ! Ainsi on s’intéresse généralement à l’histoire de ses parents avant de demander celle de ses grands parents ! Nous lirons avec d’autant plus d’intérêt ces histoires que nous saurons pourquoi nous les lisons ! Et cela évite d’attendre d’elles autre chose que ce qu’elles entendent nous apprendre (comme faire du livre de la Genèse un livre d’histoire naturelle !)

N : D’accord mais si on pousse ton principe jusqu’au bout il faudrait commencer à lire les évangiles par la résurrection ! Tu parles d’ordre, de découverte, mais notre lecture ne peut pas en rester là ! À force de lire la Bible l’unité d’esprit qui pousse les communautés juive et chrétienne à rassembler ces livres, ne manquera pas de nous saisir !

B : Oui, il vaudra alors la peine de lire l’ensemble des récits bibliques dans l’ordre ce jour-là ! Comme une relecture de l’ensemble de la Bible !

N : oui ben il reste pas mal de travail avant d’en arriver là !

Frère Pierre de Marolles

Le frère Pierre de Marolles est dominicain de la Province de Suisse. Il est titulaire d’un Master et d’une licence canonique en théologie de l’Université de Fribourg (Suisse). Il s’est spécialisé en Bible. Il vit actuellement dans la communauté Saint Nicolas de Myre de Zurich.