Saison 7 : Histoire de l'Eglise

Le sommaire

Le Moyen-Age et ses clichés

Le Moyen Age est une époque qui habite nos rêves ou nos cauchemars. Parler de l’Eglise à cette époque fait immédiatement surgir des images : des évêques gras et puissants, des abbayes florissantes, des saints qui font des miracles, mais aussi des croisades sanglantes et des inquisiteurs oppressants. Mais comme on...

Le Moyen Age est une époque qui habite nos rêves ou nos cauchemars. Parler de l’Eglise à cette époque fait immédiatement surgir des images : des évêques gras et puissants, des abbayes florissantes, des saints qui font des miracles, mais aussi des croisades sanglantes et des inquisiteurs oppressants. Mais comme on n’est pas dans “Le Nom de la rose”, on va se poser deux questions : Qu’est-ce que l’Eglise a fait de son pouvoir dans cette longue période qui s’étire du 5ème au 15ème siècle ? Comment l’esprit évangélique et le désir de sainteté ont renouvelé l’Eglise et la société ? L’horizon de toute la période médiévale, c’est « la chrétienté », c’est-à-dire ce monde christianisé où l’Eglise tend à s’identifier avec la société tout entière ; on a là une sorte de prolongement lointain de la réflexion de saint Augustin … un évêque d’Afrique du Nord au IV°siècle dont l’enseignement marqua profondément l’Eglise latine … Il avait médité sur les deux cités, la terrestre et la céleste, qui se distinguent, s’affrontent et se mélangent. Dans cette chrétienté, la confusion de la politique et de la religion, ou comme on dit souvent du temporel et du spirituel, amena la concurrence entre les deux. Tandis que dans l’Empire romain d’Orient l’Eglise se soumet au pouvoir du Basileus (autre nom de l’empereur d’Orient), avec la chute de Rome l’Eglise d’Occident prend une certaine autonomie, même si elle se doit de trouver des protecteurs politiques. Les évêques de Gaule font le choix des Francs avant même que Clovis ne reçoive le baptême, puis c’est le pape qui se tourne vers eux, en couronnant Charlemagne empereur en l’an 800. L’empereur se fait autant le serviteur que le patron de l’Eglise : d’un côté il soutient l’institution et promeut sa réforme ; d’un autre il se sert des ecclésiastiques comme fonctionnaires qui appuient sa politique, y compris militaire. Cette ambivalence caractérise toute la période. L’affaiblissement du pouvoir royal au X°siècle livre l’Eglise, jusqu’à la papauté, aux grands seigneurs qui s’en servent de tiroir-caisse. On voit se généraliser le commerce des choses saintes appelé simonie, et de nombreux clercs – y compris des papes comme Jean XII - vivent avec des femmes (ce qu’on appelle alors le nicolaïsme). L’infidélité à l’Evangile n’échappe pas aux chrétiens de ce temps : un sursaut se fait voir du fin fond des monastères dès le XI°siècle ,grâce notamment à l’abbaye de Cluny, dont l’indépendance permet à de nombreuses maisons religieuses d’échapper à l’emprise des seigneurs, favorisant le renouveau de l’Eglise toute entière. 1054 est le début de la réforme dite « grégorienne » prise en main par une papauté renouvelée qui s’affirme, tant face à l’Orient dont elle se sépare, que face aux princes, des mains desquels elle veut extraire l’Eglise. On assiste à l’accentuation de cette lutte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel : Grégoire VII imposa à l’empereur Henri IV à Canossa en 1077 une pénitence (c’est-à-dire une démarche spirituelle pour réparer ses fautes), le pape Innocent IV déposa Frédéric II en 1245, mais Boniface VIII fut giflé par un serviteur du roi de France en 1303. Il en mourut. De nouvelles réactions se font jour contre les dérives de puissance et de richesse : face à Cluny, devenu un empire dont le prince est un abbé, on voit naître au XII° siècle la réforme cistercienne marquée par saint Bernard de Clairvaux. Saint Bruno avait déjà voulu radicaliser la vie monastique en se retirant dans le massif de la Chartreuse. Face à la richesse de l’Eglise, à la mondanité des évêques et à l’essor des villes, on voit apparaître ,au XIIIème, les ordres mendiants: Franciscains fondés par François d’Assise, Dominicains, ou Carmes. A côtés de ces mouvements fidèles à l’Eglise, on voit aussi des communautés la contester jusque dans son enseignement, comme ceux qu’on appelle les cathares ou les vaudois. Pour garantir l’unité, on déploie tout un éventail de mesures à commencer par la prédication, mais celle-ci est parfois épaulée par des moyens musclés : la croisade et l’inquisition. Même la christianisation a ses ambivalences : pour canaliser les ardeurs des chevaliers et achever leur conversion par une démarche pénitentielle, on les envoie en pèlerinage… mais en armes et d’abord, en 1095, à Jérusalem, dont l’accès avait été fermé par les Turcs : c’est ce qu’on a appelé la première des neuf croisades. Il y a aussi la croisade des Albigeois dans le Sud-Ouest et un bon nombre de guerres soi-disant saintes. Les enjeux spirituels, économiques, sociaux et politiques se sont soigneusement entrecroisés, de sorte qu’on vit autant la religion instrumentaliser les fidèles, qu’être instrumentalisée par les puissants. Il en est un peu de même pour la prédication, qu’on met au service de la lutte contre l’hérésie pour persuader de la vérité et qu’on prolonge par l’inquisition pour dénicher l’erreur. Ce qui choque nos esprits modernes, c’est qu’au nom de la vérité, on puisse nier avec violence la liberté de conscience. Ce qu’il faut comprendre c’est que, du fait de l’alliance du temporel et du spirituel, toute atteinte à l’unité de l’Eglise était considérée comme une atteinte grave à l’ordre politique et social. Toutefois, la prédication étant aussi soutenue par l’étude, elle favorise le développement des universités avec de très grands penseurs au service de l’intelligence de la foi comme Bonaventure ou Thomas d’Aquin . On voit combien la papauté, en cherchant son indépendance affirme sa domination non seulement sur l’Eglise mais sur toute la société. L’affirmation des états royaux amène l’échec de ses prétentions, palpable dans son séjour de 70 ans en Avignon sous la coupe du roi de France. La tentative de retour à Rome en 1370 provoque la concurrence de deux papes dans ce qu’on a appelé le « Grand Schisme d’Occident ». La papauté elle-même portant atteinte à l’unité de l’Eglise ; il faut faire appel à un Concile, réuni à Constance en 1417, pour mettre fin au schisme et tenter de relancer la réforme de l’Eglise. Difficile de passer si vite sur cette période si riche pour l’Eglise. Son succès semble éclatant, mais il ne cesse d’être remis en cause non seulement par les jeux politiques mais encore par les contradictions morales qu’il entraîne avec l’enseignement du Christ. Or l’appel à la sainteté retentit toujours et c’est à l’époque moderne que les chrétiens d’Occident vont repartir évangéliser sur les chemins du monde.

quelques dates:

496: baptême de Clovis

910: fondation de l’abbaye de Cluny

1054: schisme entre l’Orient et l’Occident/début de la réforme grégorienne.

1274: mort de saint Thomas d’Aquin

Frère Maxime Arcelin

Le frère Maxime Arcelin est dominicain de la Province de Toulouse. Il est spécialisé en histoire de l'Eglise. Il réside actuellement au couvent Saint-Thomas d'Aquin à Toulouse.

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