Saison 7 : Histoire de l'Eglise

Le sommaire

L'histoire n'est pas finie...

Nous avons laissé l’Eglise au siècle des Lumières entrant timidement dans la modernité avec le regret de la chrétienté unie derrière le pape. Si l’Eglise grandit par les missions au loin, elle semble en revanche se rétrécir encore en Europe. Les Lumières voulurent cantonner la religion dans les limites de la...

Nous avons laissé l’Eglise au siècle des Lumières entrant timidement dans la modernité avec le regret de la chrétienté unie derrière le pape. Si l’Eglise grandit par les missions au loin, elle semble en revanche se rétrécir encore en Europe. Les Lumières voulurent cantonner la religion dans les limites de la raison et s’attaquèrent aux superstitions : la sécularisation s’accentuait. Ce monde qui change en secouant l’Eglise lui fait-il porter du fruit ou menace-t-il de la déraciner? Les Lumières n’étaient qu’une première secousse par rapport au séisme révolutionnaire qui s’abat sur l’Eglise depuis la France à partir de 1789. On assiste à une tentative de mettre l’Eglise sous tutelle, notamment pour lui arracher ses privilèges et ses biens, mais aussi pour la reconfigurer un peu comme le voulaient les Lumières, quitte à faire abstraction de l’histoire et du respect pour la foi des fidèles. Dans le droit fil de la déclaration d’indépendance américaine, la Déclaration des droits de l’Homme pose la liberté de conscience comme un droit qu’on dirait aujourd’hui fondamental. C’est la sortie brutale du mythe de l’unité religieuse d’un état. En Europe, cela permet à nombre de catholiques d’Allemagne, de Hollande et d’Angleterre, qui n’avaient jusque-là pas le droit de pratiquer dans ces états protestants, d’obtenir des libertés. La suppression des vœux religieux, pratique de se consacrer publiquement et sans retour à Dieu, témoigne en revanche d’une mauvaise compréhension de certaines réalités spirituelles par les révolutionnaires de 1790 : en soi ça ne dépendait ni d’eux, ni même de ceux qui avaient fait ces voeux, mais de Dieu. [et on sait de quoi on parle]. Cette incompréhension va aller grandissant entre l’Eglise et cette société en voie de sécularisation. Au sein même de l’Eglise les approches du rapport au monde sont très diverses: certains vont développer une pensée contre-révolutionnaire, à l’image de Joseph de Maistre au début du XIX°siècle, mais d’autres vont tracer un sillon libéral, illustré par Henri-Dominique Lacordaire (... un dominicain). A la tête de l’Eglise, des papes antilibéraux comme Grégoire XVI alternent avec des papes plus bienveillant envers les évolutions du monde, comme Léon XIII. Cette diversité se maintient jusqu’au XXI°siècle mais selon des catégories renouvelées : on trouve dans l’Eglise d’aujourd’hui des tradis, chachas, cathos de gauche, non pratiquants... L’un des grands enjeux des deux derniers siècles fut de conserver ou de promouvoir la place de l’Eglise catholique dans des états sécularisés, parfois anticléricaux [eux ils n’aiment pas le clergé], comme l’Italie de la fin du XIX° siècle ou la République française du début du XX° siècle, voire totalitaires [eux ne veulent pas entendre parler de Dieu] ,comme l’Allemagne nazie ou les états du bloc soviétique. Cette situation nouvelle favorise sans doute l’émergence de laïcs engagés, notamment grâce aux mouvements de « l’Action catholique » ou aux rassemblements du Katholikentag en Allemagne mais aussi par l’émergence d’instituts qui leur sont destinés comme l’Opus Dei ou, plus récemment encore, la communauté de l’Emmanuel. La pression sur les catholiques vire parfois à la persécution, comme en France sous la Révolution, au Mexique, en Espagne et en Allemagne dans les années 30. La place même du Souverain Pontife dans le « concert » des nations est profondément renouvelée par la perte de ses états en 1870 ; loin de l’affaiblir, il en tire un prestige moral inégalé. Ce prestige est d’autant plus fort que les interventions des papes se sont resserrées sur des affaires dépendantes de son pouvoir spirituel : tant par des discours ou des visites que par des lettres dites « encycliques », les souverains pontifes traitent des questions qui sont, soit directement de foi, comme la proclamation de l’Immaculée Conception de Marie en 1854, soit des points sur lesquels la foi peut apporter son éclairage: ils abordent par exemple des questions sociales, notamment par Rerum Novarum en 1891, les totalitarismes par Mit brennender Sorge en 1937, la morale sexuelle par une série d’encycliques dans la lignée d’Humanae Vitae parue en 1968… Ils peuvent encore se soucier de préoccupations politiques comme la promotion de la paix entre les états, notamment lors des deux guerres mondiales, ou entre les religions, notamment par les rencontres tenues régulièrement à Assise depuis celle initiée par Jean-Paul II en 1986. La croissance de l’Eglise, tant en Amérique du Nord, qu’en Afrique, en Australie ou en Extrême-Orient depuis la fin du XVIII°siècle, l’oblige à regarder au delà de l’Europe et de ses préoccupations. Par ailleurs, L’Eglise prend soin de s’adresser non seulement aux catholiques, mais aussi à tous les hommes de bonne volonté, notamment au concile Vatican II qui a été réuni entre 1962 et 1965. On est alors en plein renouveau biblique, liturgique et patristique, fécondé par un retour aux sources salutaire et fécondant la réflexion de l’Eglise sur elle-même. L’esprit souffle! et ça décoiffe. Celle-ci fait aussi attention à diminuer ce qui peut faire scandale comme la division des chrétiens, l’indifférence aux pauvres, ou les abus sexuels ; ça donne par exemple l’accompagnement du mouvement dit « œcuménique » de rapprochement des églises séparées ou l’option pour les pauvres de la conférence de Medellin en 1968. Alors que l’Évangile a été annoncé toujours plus loin, les terres où l’Eglise existe depuis longtemps semblent voir le peuple de Dieu se réduire à un petit troupeau mais, tandis qu’on annonce régulièrement la mort de l’Eglise catholique, des foules se réunissent encore, attirées par des apparitions comme à Lourdes ou, plus récemment, par tel ou tel voyage du saint Père comme les JMJ, initiées par Jean-Paul II. Vous l’aurez compris, ce parcours à travers 20 siècles de l’Eglise nous la montre telle qu’elle est avec toutes ses imperfections qui font que nous croyons que l’Eglise est une sainte, catholique et apostolique, mais que nous ne le voyons qu’imparfaitement dans la réalité et dans l’histoire ! Si Dieu veut, nous la verrons au Ciel, purifiée, « toute resplendissante sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée. »

1790: confiscation des biens du clergé

1858: apparitions à Lourdes

1962-1965: concile vatican II

Frère Maxime Arcelin

Le frère Maxime Arcelin est dominicain de la Province de Toulouse. Il est spécialisé en histoire de l'Eglise. Il réside actuellement au couvent Saint-Thomas d'Aquin à Toulouse.

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La chapelle Matisse.

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Jean-Pierre

“Bravo au frère Charles pour son enthousiasme à présenter la chapelle de Matisse dont j’avais oublié entre autres la Passion et dont j’ignorais la « petite » histoire....”

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Jephté

“Juste un mot pour dire sans la moindre amertume que le mot concile était systématiquement remplacé par synode. Ceci dit j'espère honorer Sainte Catherine de Sienne...”

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alain

“je pense que le plus gros défit ,c'est l'annonce de l'évangile ,difficile de nos jours car il faudra passer de l'écrit au numérique pour toucher les...”

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