Série 8 : mort et résurrection

Le sommaire

Vivre c'est apprendre à mourir, d'accord ?

Montaigne affirmait : “Philosopher, c’est apprendre à mourir !” Et bien, pour un chrétien, “vivre, c’est apprendre à mourir”. Car le sens de toute notre vie est d’être une préparation à la rencontre de Dieu. Pensons au bon larron, au chapitre 23 de saint Luc, qui interpelle le mauvais larron en train...

Montaigne affirmait : “Philosopher, c’est apprendre à mourir !” Et bien, pour un chrétien, “vivre, c’est apprendre à mourir”. Car le sens de toute notre vie est d’être une préparation à la rencontre de Dieu.

Pensons au bon larron, au chapitre 23 de saint Luc, qui interpelle le mauvais larron en train d’injurier le Christ sur la croix : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. ». Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. ». Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. ». Bien joué le bon larron ! Voilà l’exemple d’une mort réussie ! Et pourtant sa vie ne semblait pas l’avoir préparé à ce retournement de dernière minute !

Alors que signifie apprendre à mourir ? La vie, comme la mort, est une relation entre deux personnes libres : Dieu et l’homme.

Il y a tout d’abord la liberté de Dieu qui m’appelle à lui. C’est pour cela que, face à la mort, nous ressentons, certes, de l’angoisse devant les souffrances qui accompagnent l’agonie mais aussi de la confiance et de l’espérance, car nous avons rendez-vous avec Dieu qui nous prépare et nous attend. On entend souvent dire que “Dieu a rappelé à Lui”. Mais cette formule est ambiguë. Dieu nous appelle à Lui à chaque instant, depuis le premier instant de notre vie. Il ne s’intéresse pas à nous seulement au moment de la mort. Quant à nous, nous ne savons ni le moment ni l’heure et c’est pourquoi la mort est un acte d’abandon et de confiance. Et non un acte que nous pouvons décider nous-mêmes.

Face à la liberté de Dieu, se trouve le mystère d’acquiescement de l’homme qui accueille librement la mort. Nous avons ainsi de nombreux témoignages étonnants. Voici une personne que les médecins disent condamnée depuis plusieurs semaines mais qui reste inexplicablement en vie et meurt seulement une fois que son ami est venu la voir pour se réconcilier. “Il vous a attendu”, disent les médecins. Se préparer à mourir, c’est bien souvent désirer que toutes nos affaires soient en ordre pour être prêts à partir.

Le mystère de la mort, c’est donc le mystère de Dieu qui nous invite à Lui : “Viens !” et de l’homme qui répond enfin : “Seigneur, je viens !” .

Nous allons vers la vie.

Sainte Thérèse d’Avila, la grande, disait ainsi : “ Nous ne mourrons pas de mort, nous mourrons de vie” ; et sainte Thérèse de Lisieux, la petite, disait, elle aussi : “Je ne meurs pas, j’entre dans la vie.” . Nous mourrons car la vie éternelle a fait son œuvre en nous tout au long de notre vie et nous pouvons donc entrer en elle. Elle finit par nous submerger et met fin à notre vie mortelle. Nous n’allons donc pas de la vie vers la mort mais de la mort vers la Vie. La foi chrétienne renverse complètement le point de vue sur la mort. Et c’est pourquoi lors du baptême et lors des funérailles, se trouve le cierge pascal : signe de la victoire définitive du Christ ressuscité, victoire définitive de la vie sur la mort.

La vie après la mort : paradis, purgatoire, enfer

Sur terre, nous nous préparons donc à chaque instant à cette rencontre avec le Seigneur. En fonction de la vie que nous aurons vécue sur terre, le Nouveau Testament nous indique deux états possibles après la mort : le paradis ou l’enfer. Jésus affirme explicitement l’existence du jugement dernier dans l’évangile. Par exemple au chapitre 25 de Matthieu : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle.”

Attention, tu auras remarqué que l’Eglise n’a jamais dit qui était damné. Pourtant, il semble qu’il y aurait une sacrée liste de candidats à travers l’histoire ! Mais l’enfer est un danger réel, lié à la liberté de l’homme de refuser absolument l’amour de Dieu pour lui. Jésus rappelle ainsi dans tout l’évangile l’urgence de la conversion ! L’Eglise ne se prononce pas sur qui est en enfer mais en revanche elle affirme, publiquement et avec toute son autorité, le salut de beaucoup de ses enfants par la béatification et la canonisation !

Et le purgatoire alors ? Ce n’est pas un troisième état. C’est l’état de purification avant d’entrer dans l’état de béatitude complète, le paradis. Le purgatoire n’est pas une invention médiévale de l’Eglise, l’idée se trouve déjà dans l’Ancien Testament. Dans le livre des Maccabées, la prière pour les morts est liée explicitement à la foi dans la résurrection. Nier l’une, c’est nier l’autre. (C’était un fort beau geste, plein de délicatesse, inspiré par la pensée de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés. 2Martyrs 12,43-46)

Saint Paul parle, lui, d’un baptême pour les morts dans la première lettre aux Corinthiens. Les chrétiens ont donc pris conscience de cette purification progressive, qui commence lors du baptême et peut se prolonger après la mort, si le défunt meurt dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais insuffisamment purifié. C’est pourquoi nous prions pour les morts, à la messe, au moins depuis le 2ème siècle: «Souviens-toi de nos frères qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection, et de tous les hommes qui ont quitté cette vie : reçois-les dans ta lumière auprès de toi. »(Prière eucharistique II). S’ils étaient déjà au paradis, on ne prierait pas pour eux, ce sont eux qui prieraient pour nous !

C’est pourquoi aussi chaque année nous fêtons tous les saints le 1er novembre. Et le 2 novembre, jour des défunts, nous prions pour que tous les morts soient déliés de leurs péchés et entrent pleinement dans le Royaume de Dieu… avec tous les saints. Alors comment réussir sa mort ? En vivant pleinement dès aujourd’hui sa vie chrétienne, en se préparant chaque jour à rencontrer le Seigneur, en grandissant dans la foi, l’espérance et la charité. En nous confessant et en nous réconciliant pour que tous nos péchés soient déliés sur terre afin d’être déliés au ciel. “Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde”, voilà une vie et une mort réussies !

frère Nicolas Burle

Le frère Nicolas Burle est dominicain de la Province de France, au couvent de Lille. Il est aumônier national des Scouts Unitaires de France, responsable du projet Dom & Go et coordonateur des propositions ThéoDom.

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