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Peut-on pécher contre l'environnement ?

Péché contre l’environnement ? N’y a-t-il pas encore assez de péchés, l’Église n’a-t-elle rien d’autre à faire que d’inventer de nouveaux péchés ? Essayons de comprendre. Commençons pour une fois non pas par la théorie mais  par la pratique .

Nous commençons chaque messe par confesser que nous sommes tous des pécheurs, que nous avons besoin de la miséricorde de Dieu et qu’il est prêt à nous la donner. Il y a ensuite la question de ce que nous qualifions comme péché. Traditionnellement on voit dans le péché une offense faite à Dieu qui résulte de relations distordues avec lui ou d’autres personnes. Pour les analyser, par exemple avant le sacrement de réconciliation, il m’arrive de donner, comme petit examen de conscience, de réfléchir sur les relations que nous entretenons avec Dieu (quel rôle joue-t-il dans ma vie, est-ce que je le loue, est-ce que je l’écoute…), la relation avec nous-mêmes (comment est-ce que je me traite moi-même, où en suis-je avec ma consommation d’aliments et de boissons…), les relations avec les autres (comment est-ce que je me comporte avec les autres).

A cela, on peut, et on doit désormais ajouter une analyse de nos relations avec l’environnement pour lequel nous avons reçu la responsabilité.

Il est bien connu que les prophètes dans l’Ancien Testament ont mis en valeur des relations sociales justes et respectueuses. En voici un exemple parlant: « Quand vous étendez les mains, je détourne les yeux. Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. » (Is 1, 15-16). Mais le même Ancien Testament appelle aussi à un respect de la Création non humaine. Il serait anachronique d’y voir un souci écologique tel que nous le connaissons de nos jours, mais néanmoins certaines règles sont claires et profitent à la nature. Voici deux exemples: Le Deutéronome exige qu’au moment de la conquête d’une ville, ses vergers ne soient pas détruits.

(Dt 20, 19)   “Si, en attaquant une ville, tu dois l'assiéger longtemps pour la prendre, tu ne mutileras pas ses arbres en y portant la hache ; tu t'en nourriras sans les abattre. Est-il homme, l'arbre des champs, pour que tu le traites en assiégé ?” Dans le livre de Nombres, Dieu fait même parler une ânesse pour se plaindre d’avoir été battue. (Nb 22, 27-28)   Quand l'ânesse vit l'Ange de Yahvé, elle se coucha sous Balaam. Balaam se mit en colère et battit l'ânesse à coups de bâton.  Alors Yahvé ouvrit la bouche de l'ânesse et elle dit à Balaam : " Que t'ai-je fait, pour que tu m'aies battue par trois fois ? "

Et je vous conseille de lire le passage en entier, il ne manque pas d’humour. Et n’oublions pas que le repos du sabbat vaut aussi pour toutes les bêtes (cf. Dt 5, 14.).

En un mot comme en cent, l’environnement mérite respect et doit être considéré comme faisant partie du bien commun. On entend par “bien commun” ce qui est partagé et qui bénéficie à tous les membres d’un groupe donné: cela peut être des oeuvres d’art, un savoir faire ou dans notre cas l’environnement naturel.

Il y a une forme de péché, souvent rencontrée quand il est question de social ou environnemental, qui passe en quelque sorte par des intermédiaires, c’est-à-dire ce n’est pas moi directement et personnellement qui détruis la nature ou exploite quelqu’un, mais je soutiens un système qui le fait à ma place. Je peux même être prisonnier d’un tel système. Jean-Paul II dans son encyclique de 1987 « Sollicitudo rei socialis » appelle cela les « structures du péché ».Il s’agit d’un enchaînement causal, auquel je participe et qui agit contre le bien commun (cf. n° 36). Prenons l’exemple de l’achat d’un t-shirt. En amont, mes décisions sont influencées par toutes sortes de facteurs, p.ex. la pub, auxquels j’ai du mal à me soustraire. Et en aval, par le choix que je fais dans le magasin, je cautionne un certain mode de production avec toutes les conséquences qu’il a sur l’homme et la nature.

Attention, il ne s'agit pas d'une machine pour nous dédouaner de notre responsabilité ou de la diluer, cette notion permet, au contraire, de voir et de comprendre comment notre choix individuel et local peut avoir des répercussions sur les personnes et l'environnement à l'autre bout du monde. Ce sont des choses dont on s’indigne facilement, mais ce n’est pas l’indignation qui nous fait avancer. C’est plutôt la prise de conscience et les actes concrets en faveur d’un changement.

Dans la vie on a des habitudes bonnes ou mauvaises, on peut appeler vertus celles qui sont bonnes et vices celles qui sont mauvaises.

Il me semble alors intéressant de nous demander : quels sont les vices qui nous conduisent à ne pas respecter la Création ? On peut bien sûr nommer quelques grands classiques, comme la paresse et l’avarice (si je ne veux pas payer pas un prix juste, pour mon café par exemple, quelqu'un d’autre paie, celui qui le produit ou l’environnement ; je peux être trop paresseux pour faire le tri correctement (un tasse en faïence peut contaminer plusieurs tonnes de verre à recycler), sans doute parfois la gourmandise (peu importe si ce fruit vient de l’autre bout du monde et dans quelles conditions il est produit, ce qui compte est qu’il soit dans mon assiette, peu importe la saison ; accumuler et exposer des signes de richesse extérieurs)… un autre auquel on pense sans doute moins est l’indifférence, souvent couplée à une certaine arrogance – tout se vaut, que je prenne ce produit ou cet autre, que je mette ce déchet dans la poubelle spéciale ou dans l’égout, rien à cirer…

En tant que chrétiens, nous avons à transformer nos vices en vertus. Ici, comme grand classique bien sûr, la tempérance : limiter les gaspillages de toute sorte, depuis le moment de l’acquisition jusqu’au moment où je m’en débarrasse. La sagesse et la créativité peuvent être de bons guides s’il s’agit de trouver des solutions à des défis nouveaux posés par les questions environnementales, ce qui va de paire avec la nécessité de me former et de m’informer sur les sujets environnementaux. Finalement il est bien d’avoir la force de choisir ses modes de consommation et de transport même s’ils prennent plus de temps mais qui respectent plus l’environnement.

En résumé: Mon comportement à un impact direct ou indirect, par ce que l’on appelle structure du péché, sur l’environnement et j’en suis responsable, aussi devant Dieu. De nos jours, la question de l’environnement ne peut plus laisser le chrétien indifférent, il doit se donner les moyens spirituels et intellectuels pour réduire les effets négatifs de ses choix et actions.

 

frère Marc Bellion

Le frère Marc Bellion est dominicain de la Province de France. Après un doctorat en biologie obtenu à l'université de Nancy, il est entré dans l'Ordre dominicain et réside au couvent Sainte-Marie-du-Chêne à Nancy. Il prépare un doctorat en théologie à l'université de Metz. Il est membre du Groupe Albert-le-Grand qui rassemble des dominicain(e)s réfléchissant sur des questions scientifiques.