Série 11 : Dieu, nous et la terre

Le sommaire

L'écologie intégrale

Quand une mairie, une région ou un état fait son budget  il peut être tiraillé entre investir dans le social et investir dans l'écologie. On pourrait vite croire que les deux sont en concurrence et même s'opposent. Peut-on sauver les hommes sans sauver la terre ? Saint François d'Assise est l'un des...

Quand une mairie, une région ou un état fait son budget  il peut être tiraillé entre investir dans le social et investir dans l'écologie. On pourrait vite croire que les deux sont en concurrence et même s'opposent. Peut-on sauver les hommes sans sauver la terre ?

Saint François d'Assise est l'un des premiers à aborder la question non pas de manière théorique, mais plutôt pratique. Son amour pour Dieu, pour le prochain et pour la nature ne faisaient qu'un. Il unifiait, dans ses actions et sa spiritualité, son souci pour les plus pauvres, pour la Création et pour la paix intérieure. Beaucoup plus tard, en 1936, le philosophe Jacques Maritain développe l'idée d'un humanisme intégral : l'homme est à la fois un être social, économique et spirituel. Pour lui, les trois ne peuvent être dissociés et il faut penser l'homme comme un tout.

La pensée de Maritain va fortement influencer la doctrine sociale de l'Eglise, qui elle même va influencer Jean-Paul II et Benoît XVI. Le premier développe l'idée d'une écologie humaine où il lie de façon étroite la manière dont l’être humain traite son environnement, se traite lui-même et traite les autres êtres humains. Le second reprend cette idée dans sa lettre encyclique  « Caritas in veritate »:

« Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement, de même que la détérioration de l’environnement, à son tour, provoque l’insatisfaction dans les relations sociales. »

Il y ajoute l'idée d'une justice intergénérationnelle concernant l'état de la terre , léguée par une génération à une autre.     

Le pape François rassemble cet héritage dans ce qu'il appelle l'écologie intégrale.

Le terme n'est pas nouveau. Il apparaît pour la première fois de façon confidentielle en 1958. Il est repris et popularisé dans les années 90 par deux écologues, Sean Esbjörn-Hargens et Michael Zimmerman, et surtout par le théologien brésilien Leonardo Boff. Pour ce dernier, l'écologie intégrale réunit « vision environnementale » , « écologie sociale »  et « écologie profonde », qui implique l'intériorité de la personne et sa conviction religieuse.

Dans sa lettre encyclique  « Laudato si' », le pape François reprend l'idée et le terme d'écologie intégrale. Il l'enrichit d'une composante culturelle et l'intègre dans la doctrine officielle de l'Eglise. Voici ce qu'il écrit à propos de l'écologie intégrale :

« Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature. »

Pour le pape François, l'homme et la nature sont tellement liés qu'agir en faveur de l'homme, c'est aussi agir en faveur de la nature et inversement. L'un ne va pas sans l'autre. Et si ce n'est pas le cas, c'est que nous n'avons pas choisi les bonnes solutions et que nous ne sommes pas suffisamment remontés aux causes du problème. Il faut revoir sa copie.

Cela vous paraît un peu facile et abstrait… Alors prenons un exemple très concret.

 Le modèle d'agriculture dominant est fondé sur les cultures d'exportation et les grandes exploitations. Ce modèle est largement adopté en Afrique, en Amérique du sud mais aussi un peu partout ailleurs y compris en France. Il a l'avantage de faire grimper le PIB d'un pays. Cependant nous constatons que ce modèle, qui favorise la monoculture et les engrais chimiques, est un désastre pour la terre. Par ailleurs ce modèle fait disparaître les petits propriétaires terriens et suscite un exode urbain et le rassemblement d'une population très pauvre au pourtour des grandes villes. Au malheur écologique s'ajoute le malheur social. Au contraire, le modèle d'agriculture fondé sur des cultures vivrières et les petites exploitations familiales est bien meilleur pour la terre et pour les hommes, qui jouissent d'une condition de vie plus digne et résistent mieux aux aléas de la vie. Bienfait écologique et bienfait social vont ensemble.

Et même nous pouvons aller plus loin : chercher des solutions pour lutter contre l'injustice sociale nous aide à trouver des solutions pour sauver notre planète. De même, chercher des solutions pour préserver la planète nous aide à imaginer des solutions nouvelles pour un monde plus juste. La planète est comme une boussole pour nous indiquer le chemin vers une plus grande justice sociale et inversement.

La raison de ce lien fondamental est simple : l'injustice sociale et la dégradation de la planète ont une même cause : le péché de l'homme. Lutter efficacement contre l'un de ces fléaux revient à remonter aux causes et donc aussi à lutter efficacement contre l'autre fléau.  

Remonter aux causes nous conduit au deuxième sens de l'écologie intégrale. Intégrale signifie alors tout mon être, jusqu'aux racines de mon être. La question écologique révèle souvent nos incohérences internes. Nous utilisons les transports en commun, mais nous voyageons en avion à l'étranger pour des raisons futiles chaque année. Nous mangeons des produits bios, mais nous changeons de téléphone portable et d'ordinateur tous les trois ans. Nous nous engageons dans une association pour l'écologie, mais nous vivons avec un rythme de vie inhumain. Nous constatons ces incohérences, mais nous avons une grande difficulté à les surmonter. En réalité, les racines de la crise écologique et de l'injustice sociale sont d'abord en nous. Nous n'aimons pas ou nous aimons mal notre prochain et notre planète. L'écologie intégrale signifie alors une conversion spirituelle de notre être. Cette conversion suppose plusieurs étapes indispensables : Tout d'abord, reconnaître notre propre culpabilité ou complicité avec la destruction de la planète et avec l'injustice sociale et l'exprimer. Reconnaître aussi les vents contraires de la publicité, de la pression sociale, des habitudes qui nous poussent à la surconsommation et prendre une distance réelle et critique avec ces vents contraires. Ensuite, accueillir le pardon infini, incompréhensible de Dieu et accepter que notre conversion prenne du temps. Et enfin, pas à pas comme on recolle les morceaux d'un vase cassé, renouer notre lien à la terre, à la nature, au frère et à la sœur. Apprendre à les aimer l'un et l'autre ensemble afin de retrouver notre unité, oeuvrer pour la justice et préserver la Terre.

Pour conclure, l'écologie intégrale se résume en une formule mathématique simple, à trois composantes : sauver l'homme, sauver la terre, sauver son âme.

frère Benoît Ente

Frère Benoît Ente est dominicain à Lille, dans la maison filiale du couvent, 60 rue de Condé, dans le quartier de Wazemme. Il est, entre autre, responsable de la proposition Carême dans la Ville.

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