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Rencontrer Jésus, dans l’Ancien Testament ?

Rappelez-vous… de quoi Jésus et les deux disciples discutaient-ils sur le chemin, lorsqu’ils faisaient route vers le village d’Emmaüs ?

 « Partant de Moïse et de tous les Prophètes, Jésus leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » (Luc 24,27) 

Parce qu’on parlait de Jésus déjà au temps de Moïse et des prophètes ??? étrange !

Et pourtant, c’est vrai : déjà l’Ancien Testament a parlé de Jésus. Il n’a pas raconté sa vie proprement dite, mais il a annoncé ce qu’allait être cet homme né à Bethléem, et qui allait sauver le monde….

On a déjà parlé dans nos vidéos de la manière dont la Bible a été écrite, inspirée et comment on peut la lire et l’interpréter. Je ne reviens pas là-dessus. Une manière de lire la Bible, c’est de prendre en compte l’unité de cette parole révélée au cours d’une longue histoire. 

Selon cette lecture, dite typologique, des personnes ou des événements dont parle un texte peuvent trouver un écho, un éclairage, dans un autre texte. C’est particulièrement vrai au sujet de Jésus.

Saint Paul, par exemple, écrit que n: « Adam préfigure celui qui devait venir » (Rm 5,14). Adam, premier homme de l’humanité, est la figure de Jésus, premier-né d’entre les morts, premier homme d’une nouvelle humanité.

Quand Jésus marche avec les disciples d’Emmaüs il leur montre comment la vie et la parole des grands prophètes de l’Ancien Testament annonçaient sa propre vie. Revenir à ces textes nous permet d’enrichir notre connaissance de Jésus. 

T’aurais pas des exemples ?

Il y en a beaucoup. En voici trois. 

Le premier : Josué. 
En grec c’est le même mot Iêsous qui est employé pour dire Josué et Jésus. Le nom même de Jésus, qui signifie « le Seigneur sauve », rappelle ainsi Josué, le successeur de Moïse. Plus tard la lettre aux Hébreux fait elle-même le parallèle entre Josué et Jésus (He 4,1-11). 

En effet Josué est celui qui fait entrer le peuple d’Israël dans la Terre promise. De la même manière, Jésus est celui qui fait entrer l’humanité dans un Royaume nouveau.

Pour les Hébreux menés par Josué, le lieu d'arrivée en Terre Promise, c’est Guilgal. À Guilgal, la première Pâques de Terre Sainte a été célébrée. Plus tard, au Golgotha, Jésus célèbre la pâque définitive. D’ailleurs, Guilgal et Golgotha ont la même racine en hébreux. גלגל

Les Pères de l’église ont beaucoup écrit sur le parallèle entre Josué et Jésus. Par exemple, Hilaire de Poitiers, dans son Traité des Mystères 2,6 :

 « Comme l’un fut chef de la synagogue, l’autre l’est de l’Église. Comme l’un fut guide vers la terre promise, l’autre est le guide vers la terre que nous posséderons en héritage… Comme l’un vint après Moïse, l’autre vint après la loi. Comme l’un reçut l’ordre de renouveler la circoncision… ainsi le Seigneur inaugura la circoncision du cœur ». 

Voilà en résumé comment la vie et la mission de Jésus se trouvent mise en lumière par l’histoire de Josué.

L’Agneau de Dieu
Deuxième exemple : l’agneau de Dieu. Jean Baptiste, en voyant Jésus venir vers lui, le désigne comme l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Et nous reprenons cette parole dans toutes nos liturgies eucharistiques. 

Pour comprendre cette image, on peut relire Isaïe et son poème du serviteur souffrant. Dans ce poème écrit au moment de l'exil à Babylone, au 6e siècle avant Jésus-Christ, Isaïe veut redonner espoir aux déportés. Ils éprouvent de la lassitude, se sentent abandonnés et mettent en doute la puissance de Dieu. Il invite le petit reste du peuple à rester fidèle dans l'adversité. 

Il parle d’un serviteur qui prend sur lui les péchés du peuple : 

 « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53,7). 

Mais Dieu justifiera ce serviteur : 

 « Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! » (Is 52,13). 

Les chrétiens reconnaîtront dans ce Serviteur de Dieu la figure du Christ que Dieu exalte auprès de lui en le ressuscitant des morts. 

Ce poème du serviteur souffrant a permis aux tout premiers chrétiens de donner un sens à la mort de Jésus sur la croix, comme le montre la reprise de ce passage du serviteur souffrant dans le livre des Actes des Apôtres (Ac 8,32-35), où il est appliqué à Jésus.

Le Verbe de Dieu
Troisième et dernier exemple : le Verbe de Dieu. La Bible nous parle de la sagesse de Dieu, personnifiée sous les traits d'une dame qui s'est bâtie une maison, parcourt les rues en invitant les gens à prendre part à sa table et à se nourrir de la connaissance qu'elle apporte (Proverbes 9,1-6). La sagesse dit en effet d’elle-même : 

 « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. » (Pr 8,22).

Saint Jean s’est sans doute appuyé sur ces mots pour présenter Jésus comme le Verbe de Dieu au début de son Evangile. Il fait en effet référence à la médiation du Verbe dans la création du monde : 

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui ». (Jn 1,1-3).

Le « Verbe » traduit le mot grec logos, mot d’une grande densité philosophique. Il correspond en partie à la sagesse. Le monde a été fait par le logos car il est ordonné, raisonnable, compréhensible, etc. Il porte l'empreinte d’une sagesse. Et que cette sagesse soit personnifiée dans l’Ancien Testament aidera à concevoir le Verbe de Dieu comme une personne, à savoir le Fils, la deuxième personne de la Trinité.

On aurait pu citer beaucoup d’autres exemples qui font un lien entre l’Ancien Testament et ce qu’il est dit de Jésus dans le Nouveau Testament. Cette lecture typologique est en fait d’une grande profondeur spirituelle : le Fils de Dieu, sa Parole, existe de toute éternité. Il est Dieu avant tous les siècles. Et s’Il se révèle aux hommes progressivement dans le temps, sa parole et sa vie sont déjà contenues en germe dès le commencement. On reconnaît ici la pédagogie de Dieu : se révéler à travers une histoire qui s’accomplit. 

frère Jean-Baptiste Régis

Frère Jean-Baptiste Régis réside au couvent de Strasbourg, où il est responsable régionale du pèlerinage du Rosaire. Il est membre du Groupe Albert-le-Grand qui rassemble des dominicain(e)s réfléchissant sur des questions scientifiques.