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Comment prier avec une icône ?

J’ai reçu une question sur internet : " Je ne suis pas toujours très à l’aise avec les icônes en général. Celles de Marie en particulier, elle a souvent l’air triste et figée…Ça ne m’inspire pas beaucoup pour prier...  " Comment prier avec une icône ?
Définition
La tradition byzantine attribue à Saint Luc le premier portrait de Marie. En peignant son image, l’évangéliste Luc, inspiré par la voix divine, représenta Marie et à travers elle, le créateur de toute chose. Les iconographes ensuite n’ont fait que s’inspirer de la première image peinte par St Luc, autrement dit : le prototype, et ils l’ont enrichie des principaux aspects de la théologie mariale.
Ecoutons Saint Basile, père de l’Eglise (4ème siècle) disait : « ce que la Parole de l’Evangile communique par l’ouïe, l’icône le montre silencieusement par les yeux ».
C’est pourquoi on dit plutôt “écrire” une icône que peindre une icône. Car ce que l’Évangile nous dit à travers des mots et une grammaire, les icônes nous le disent en formes et en couleurs.
Sens théologique et spirituel
Toutes les icônes de Marie ont au moins deux points communs : leur sens théologique et leur sens spirituel :
Le sens théologique : Marie est d’abord la Théotokos, c’est-à-dire Mère de Dieu. Les initiales de ce titre sont inscrites en grec sur chaque icône, ΜΡ ΘΥ,contraction de « Métèr Théou ».
Le sens spirituel : Il évoque le rôle de Marie dans l’intercession pour les hommes. Ce sont ses gestes, son attitude pleine de compassion et de tristesse qui nous signifient que Marie  intercède pour nous.

Méthode pour prier avec une icône
Pour ce qui est de prier devant une icône de la Mère de Dieu, voici quelques conseils.
L’icône est parole pour les yeux. Je choisis un texte de la parole de Dieu et sous le regard de Marie, je le prie, je le médite.
L’icône est fenêtre sur le Royaume. Je contemple en Marie le Royaume qu’elle évoque et qu’elle rend présent. Je me laisse pénétrer par sa lumière.
L’icône est Parole en acte. Avec Marie, je choisis aujourd’hui de redire Oui à l’amour du Père, au chemin qu’Il m’invite à suivre.
Les types d’icônes de Marie
Maintenant qu’on a la méthode, à chacun de choisir le type d’icône qui l’aidera dans la prière. Au commencement était 4 grands types iconographiques de la mère de Dieu : la vierge Kyriotissa (Mère de Dieu en majesté), l’Hodigitria (celle qui montre le chemin), l’Orante, l’Eleoussa (la tendresse maternelle).
La Kyriotissa : la Mère de Dieu en majesté
Ecoutons saint Jean Damascène : « Ses mains portent l’Eternel et ses genoux sont un trône plus sublime que les Chérubins. Elle est le trône royal sur lequel les anges contemplent assis leur Maître et leur Créateur. »[1]
La Vierge est représentée assise, tenant son enfant sur son bras gauche. Le Christ tient dans la main gauche un rouleau, tandis qu’il bénit de la main droite. Son geste est symbolique : deux doigts levés pour montrer la double nature en une seule personne du Christ, vrai Dieu et vrai homme; et les trois doigts réunis pour signifier la Trinité. Le regard de la Vierge est grave, presque douloureux ; à travers elle, l’Eglise relit la vie du Christ-Enfant à la lumière pascale : «La lumière est entrée dans les ténèbres. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1, 11).
L’Hodigitria : celle qui montre le chemin ou la Conductrice.
Marie est représentée soit de face, soit légèrement tournée vers la gauche. La tête de l’Enfant se trouve à hauteur de l’épaule. Tourné vers sa mère, il fait de sa main droite un signe de bénédiction. Dans sa main gauche, il tient un parchemin, parole de Dieu pour les hommes. Le regard de la Mère et de l’Enfant sont dirigés vers le spectateur. La main droite de Marie est posée sur sa poitrine, tendue vers l’Enfant.
Par ses formes, ses couleurs et ses gestes, le type de l’Hodigitria incarne une des vérités fondamentales de la foi chrétienne : celle qui a mis au monde le Christ-Emmanuel, est devenue le Guide pour tous ceux qui cherchent le chemin qui mène à Lui.
L’Orante : celle qui prie
Il y a plusieurs manières de représenter Marie qui prie. Par exemple, la Vierge du Signe, nous montre le Christ, en médaillon, sur le coeur de Marie, qui prie. Ainsi l’icône est en réalité une vision prophétique qui montre la Vierge et son enfant divin. Cet enfant divin, les bras étendus, fait de ses deux mains le geste de bénédiction, et ce geste exprime tout son être, car il est l’Emmanuel, « Dieu avec nous », et c’est lui par excellence « le signe » donné par Dieu.
La tradition a vu dans cette icône une image de la prophétie d'Isaïe : « C’est donc le Seigneur lui-même qui va vous donner un signe. Voici que la jeune fille est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel » (Is 7, 13-14).
En contemplant, Marie, je me laisse conduire au Christ, lui-même porte de la Trinité. Le médaillon de gloire autour du Christ, rayonnant sur le coeur de Marie, me rappelle qu’il est de nature divine. C’est elle la théologienne qui me révèle le Christ.
L’Eleoussa : la tendresse maternelle
Nous voici face à l’intimité affectueuse entre l’Enfant et sa Mère : la Vierge porte l’Enfant sur son bras droit. Elle le serre contre elle et, inclinant sa tête, elle touche de sa joue celle de son fils qui, lui, pose avec affection sa main sur sa mère. Parfois, sur certaines de ces icônes, en regardant l’Enfant de plus près, on remarque qu’il n’a pas la forme d’un nouveau-né. Il est comme un adulte. Son visage lumineux et sa tunique dorée nous montrent qu’il est vraiment le Verbe, le Seigneur de tous les âges, la gloire de Dieu. Une lueur intérieure approfondit l’intimité entre la mère et l’enfant. Et le geste maternel de Marie exprime toute la vérité du dogme de l’incarnation : Marie est vraiment mère de celui qui est vraiment Dieu. Sur son front et sur ses épaules, Marie porte des étoiles brillantes, symbole et expression du dogme qui dit qu’elle est vierge avant, pendant et après la naissance de son fils. Elles disent la disponibilité totale à l’Esprit divin qui fait d’elle un instrument de la puissance créatrice de Dieu.
Autour de ces grands thèmes qui définissent Marie, Mère de Dieu, Marie qui montre le chemin, qui prie et qui est toute tendresse maternelle, il existe de très nombreuses variantes, en référence, par exemple, à des sanctuaires célèbres ou à des villes ayant donné leur nom à des icônes (on connaît la vierge de Vladimir, la vierge de Kazan, celle de Smolensk…).
Les icônes ont toutes pour fondement l’incarnation. Et les icônes de la Mère de Dieu manifestent tout particulièrement que la place de la Vierge Marie est au centre du Salut. Les icônes prennent leur source à la Parole de Dieu. Elles sont parole de foi, traduite en image pour les yeux et pour le coeur.

soeur Anne-Claire Dangeard

Sœur Anne-Claire est actuellement au couvent de Poitiers et responsable des Médias à la Conférence des religieux et religieuses de France. Elle accompagne des groupes de jeunes en pastorale, notamment à travers l’animation d’ateliers d’écriture d’icônes.