La Semaine Sainte

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Jeudi Saint : Pourquoi allons-nous à la messe ? La présence du Christ à la messe.

Pourquoi allons-nous à la messe ? Parce que nous avons faim et soif. C’est un repas. Si nous sommes repus, nous n’avons aucun besoin d’aller nous déranger pour manger. Mais de quelle faim et de quelle soif parle-t-on ? Dans les tentations au désert, Jésus ne mange ni ne boit pendant 40 jours. Il s’agit...

Pourquoi allons-nous à la messe ?

Parce que nous avons faim et soif. C’est un repas.

Si nous sommes repus, nous n’avons aucun besoin d’aller nous déranger pour manger.

Mais de quelle faim et de quelle soif parle-t-on ?

Dans les tentations au désert, Jésus ne mange ni ne boit pendant 40 jours. Il s’agit donc bien d’une faim et d’une soif concrètes, physiques. C’est le sens du jeûne eucharistique (qui n’est que d’une heure pas de 40 jours !)

Mais évidemment il y a aussi un sens spirituel, plus profond à cette faim lorsque Jésus répond à la tentation du diable : « L'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »


La question essentielle de la faim nous renvoie à un épisode du livre de l’Exode au chapitre 16.

Les Hébreux aussi ont faim. C’est souvent le cas dans le désert. Ils se plaignent. Ce qui est un peu leur pain quotidien. Et voici ce que le Seigneur leur donne :

Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. La maison d’Israël donna à ce pain le nom de « manne ». C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel. (Exode 16,14-15.31)


Nous pourrions lire toute la Bible avec cette clef d’interprétation :

« On mange quoi ? On boit quoi ? »

Puisque dès le commencement, souvenons-nous d’Adam et Eve, il est question de manger.


Or la manne, la nourriture du ciel est précisément une question : « mann hou ? » en hébreu « Qu’est-ce que c’est ? » On mange la manne signifie littéralement on mange « quoi ? », on mange le « Qu’est-ce que c’est ? » On mange une question.

Donc non seulement la manne nourrit concrètement avec ce petit goût de miel bienvenue mais mes questions aussi me nourrissent, me font vivre.

Tout cela est essentiel pour entrer dans la compréhension de l’eucharistie.

Si ce pain que je mange est bien la manne, le pain du ciel, le « Qu’est-ce que c’est ? »

Toute tentative de réduire la question ou de la résoudre en aplatissant le mystère passe complètement à côté de l’enjeu vital de l’eucharistie.

Le pain de l’eucharistie n’est pas un pain ordinaire qui serait symboliquement ou seulement en image le corps du Christ. Cette interprétation est fausse bibliquement puisqu’elle ne prend aucun compte du contexte de l’eucharistie et de tous les épisodes bibliques qui ont précédé et conduit au jeudi saint.


Saint Thomas d’Aquin a réfléchi longtemps sur le mystère de l’Eucharistie. Pourquoi ? Comment ? Pourquoi était-il nécessaire ce sacrement si particulier ?

Il nous faut baliser le terrain.

Notre première certitude, c’est que notre salut est acquis par Jésus sur le Golgotha une fois pour toutes. Là l’amour de Dieu, l’amour qui sauve, l’amour qui pardonne les péchés, l’amour qui guérit notre nature, l’amour qui restaure la création est donné aux hommes. C’est le centre de notre foi. L’amour de Dieu a traversé pour nous la mort et a transformé pour nous la mort en un passage vers la vie éternelle.

Notre deuxième certitude, c’est que l’Eucharistie rend présent ce sacrifice. Il ne le renouvelle pas. Jésus ne souffre pas davantage à chaque messe. Tout est déjà accompli sur la croix.

Alors pourquoi l’Eucharistie ?

Nous pourrons résumer ainsi le rapport entre la mort et la résurrection de Jésus et l’Eucharistie :

Sur la croix l’amour de Dieu est donné.

A la messe, à travers le mode sacramentel du sacrifice du Christ, l’amour de Dieu est reçu.

Autrement dit :

Tout nous a été donné par la Croix de Jésus.

Mais rien n’était encore répandu dans le monde et dans l’histoire.

Le mode sacramentel de l’Eucharistie nous est donné par Jésus pour répandre dans le monde et dans l’histoire, dans l’espace et dans le temps, son amour donné sur la Croix, son pardon et son salut. Le salut est donné mais si nous ne venons pas le recevoir, il ne se répandra pas.

Ça c’était la question du pourquoi ? Maintenant la question du comment…

Peut-être vous souvenez vous dans l’évangile de Jean, très souvent il est fait mention de l’heure de Jésus. D’abord à Cana, puis plusieurs fois dans l’évangile, Jésus répète : « Mon heure n’est pas encore venue ». Qu’est-ce que c’est que cette heure de Jésus ?

Cette heure, c’est le moment de son passage vers le Père. C’est le moment où Jésus va ouvrir ce passage à travers la mort, d’abord la sienne puis celle de tout homme.

Cette heure commence donc le jeudi saint avant l’institution de l’Eucharistie et continue jusqu’à sa mort et sa résurrection. Cette heure de Jésus est essentielle. Pourquoi ? Parce qu’elle unit de manière indissoluble ce que fait Jésus le jeudi saint à la Cène et le fait de donner sa vie le vendredi saint à la croix et le fait de vaincre la mort en ressuscitant. La cène, la croix et la résurrection ne sont pas dissociées dans la mission de Jésus. C’est un seul événement : le don de sa vie par le don de son corps.

Alors maintenant, regardons plus en détail ce mystère de l’Eucharistie :

Qu’est-ce qu’il se passe au moment de la consécration ? Le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang de Jésus.

Nous allons donc faire un peu de théologie. Nous appelons ce mystère de la transsubstantiation.

Dans une chose, nous distinguons la substance (ce qu’est la chose) des accidents (les contours, la forme la couleur)… Dans notre expérience quotidienne, nous connaissons le mode de la transformation, c’est-à-dire que nous changeons la forme d’une chose et donc la chose change en apparence (quand nous repeignons une table avec une autre couleur par exemple) ou bien en substance (quand nous transformons la table en porte)

Dans la transsubstantiation, c’est exactement l’inverse. La forme ne change pas, mais c’est ce qu’est la chose qui change.

Ce mode sacramentel permet de nous faire toucher dans la foi, mais réellement et donc physiquement aussi le mystère de notre salut.

Dans ce genre de situations, on ne perd jamais son temps à lire du Benoît XVI pour comprendre ce que signifie la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie :

« Dans l'Eucharistie, le Seigneur nous donne son corps glorieux. Il ne nous donne pas sa chair à manger au sens biologique. Il se donne lui-même, nouveauté qu'il est. Il entre dans mon « être » en tant que personne et il nous touche intérieurement avec son être, de façon à ce que nous puissions nous laisser pénétrer par sa présence, transformer en sa présence.

C'est un point important car nous sommes ainsi déjà en contact avec cette nouvelle vie : la vie éternelle qui entre en moi et qui me tire vers au-delà de moi, en hauteur. Un peu plus vers le ciel à chaque fois. Il ne s'agit pas d'enregistrer des choses que nous ne pouvons pas comprendre, mais d'être en chemin vers la nouveauté qui commence, toujours, de nouveau, dans l'Eucharistie. »

Cela a une conséquence importante et concrète :

Qu'est-ce que cela change de communier au fait ? Cela change tout et en profondeur. Communier ne signifie pas manger Jésus dans son estomac mais laisser entrer la vie de Jésus dans tout mon corps et dans toute ma vie. Je laisse Celui qui est l'amour vrai m'aimer vraiment afin, moi aussi, d’aimer en vérité. C’est pourquoi Saint Thomas d’Aquin rappelle que l’eucharistie est bien le sacrement de la charité, de la communion.

En effet, manger n’importe quel aliment assimile cet aliment à mon corps. Je ne deviens pas du pain, c’est le pain qui devient moi. Communier au corps du Christ à l’inverse me transforme : je deviens ce que je reçois. Je suis membre vivant de ce corps et je suis désormais intimement lié à tous ceux qui ont communié avec moi au corps du Christ.

C’est ce que saint Augustin expliquait aux nouveaux baptisés au début du 5e siècle :

« Comment ce pain est-il son corps, et cette coupe, ou plutôt son contenu, peut-il être son sang ? Mes frères, c’est cela que l’on appelle des sacrements : ils montrent une réalité, et en font comprendre une autre. Ce que nous voyons est une apparence corporelle, tandis que ce que nous comprenons est un fruit spirituel. Si vous voulez comprendre ce qu’est le corps du Christ, écoutez l’Apôtre, qui dit aux fidèles : Vous êtes le corps du Christ, et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps (1 Co 12,17). Donc, si c’est vous qui êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre mystère qui se trouve sur la table du Seigneur, et c’est votre mystère que vous recevez. À cela, que vous êtes, vous répondez : "Amen", et par cette réponse, vous y souscrivez. On vous dit : "Le corps du Christ", et vous répondez "Amen". Soyez donc membres du corps du Christ, pour que cet Amen soit véridique. (…) Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. »

Amen !

 

frère Nicolas Burle

Le frère Nicolas Burle est dominicain de la Province de France, au couvent de Lille. Il est aumônier national des Scouts Unitaires de France, responsable du projet Dom & Go et coordonateur des propositions ThéoDom.

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