La Semaine Sainte

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Mercredi Saint : Lors de sa Passion, Jésus prie les psaumes.

« Pourquoi Jésus a-t-il prié les Psaumes lors de sa passion ? » Si Jésus est Dieu, doit-il encore prier ? Peut-être veut-il prier ses frères et sœurs en humanité qui sont enfants de Dieu pour vivre une alliance définitive de communion et de victoire sur le mal.     Et si Jésus...

« Pourquoi Jésus a-t-il prié les Psaumes lors de sa passion ? »
Si Jésus est Dieu, doit-il encore prier ? Peut-être veut-il prier ses frères et sœurs en humanité qui sont enfants de Dieu pour vivre une alliance définitive de communion et de victoire sur le mal.     Et si Jésus est bien homme comme nous, pourquoi ne prierait-il pas ? Il a des projets et des demandes comme nous ; il veut faire la volonté de son Père et espère son soutien, son amour.
Dans la vie de Jésus la prière tient une place de choix, lieu de communion intime avec son Père. Prière comme moment privilégié de vie spirituelle. Animation de notre intériorité, la prière permet de découvrir notre vocation, la mission personnelle de chacun.
De plus, chez les orientaux ; la prière s’exprime à voix haute, elle interpelle Dieu sans ménagement, car elle touche à ce qui tient à cœur, au plus profond de nous-mêmes. Elle est une demande qui veut être exaucée. Si elle devient une louange chantée en temps de paix ou de contemplation de la beauté de la création, elle est le plus souvent un cri de nécessité à satisfaire, d’espérance à combler. Les Israélites ont composé des prières et à leur suite les Juifs ont reçu ce patrimoine dans lequel ils puisent pour faire mémoire et élargir leur propre prière.
Cette banque de données est comme un carburant pour l’âme du croyant, pour la vie avec Dieu.
Jésus apprit à prier les prières juives de son temps, c’est-à-dire le livre des 150 louanges que l’Ancien Testament a transmis en hébreu. Ces prières étaient dites par cœur, dans la tradition orale ou chantées et accompagnées d’un instrument de musique à cordes appelé « psaltérion », comme une cithare ou la harpe. C’est de là que nous vient le nom de la collection de ces prières, « Psalmos » qui a donné ‘Psaumes’ en français. Il y a des collections attribuées notamment à David et sa cour, d’autres à Asaph. Certains sont typiques pour les pèlerinages ou la montée des marches du Temple de Jérusalem. D’autres expriment davantage une bénédiction de Dieu, une action de grâce, une révolte ou lamentation, une demande de pardon ou de soutien dans l’épreuve. Jésus les connaissait et a prié ces psaumes à bien des reprises, avec ses disciples lors des repas et des fêtes.
Pourquoi ces psaumes ? Parce qu’ils faisaient partie du patrimoine spirituel commun juif. Aux moments de solitude et d’épreuve, Jésus les a tant pris à cœur pour nourrir sa prière qu’il les même adapté en sa langue, les a prononcés en araméen. On peut dire que Jésus y a vu des éléments correspondant à sa vie, à sa mission, jusques et y compris sa souffrance. Donc il se les appliqué à lui-même. Et les premières communautés des disciples, puis les auteurs des évangiles les ont relus à leur tour après la passion et la résurrection de Jésus. Ils y ont repéré des sentiments vécus, des merveilles vues, voire des prophéties accomplies par Jésus. Ils nous les ont donc transmis.
Quels sont donc les psaumes que Jésus a pu prier et que les évangélistes ont retenus dans sa passion rédemptrice ?
Pour illustrer ce propos, nous allons mentionner quatre moments de prières où Jésus en sa passion cite et s’attribue le contenu des psaumes.
1/ Lorsque Jésus avec ses disciples, sauf Judas, se retrouve au pied du mont des oliviers, il se retrouve en quelque sorte placé ‘au pied du mur’. Car il sait que son ‘heure’ vient : celle de la mort et celle de la manifestation de sa fidélité au projet divin de nous sauver du mal. Alors il rassemble ses forces mentales et spirituelles les plus grandes dans la prière à son Père. Il demande en outre l’aide de Pierre et des deux fils de Zébédée, mais commence « à ressentir tristesse et angoisse » (Mt 26,37) et leur dit « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi. » (Mt 26,38) Le psaume 42 (Ps 42(41),6-12) est une complainte du fidèle exilé qui redit le sentiment d’extrême tension interne de Jésus.
2/ La plus extraordinaire des prières est le véritable cri que rapportent les 2 évangiles de Matthieu et de Marc (Mt 27,46 ; Mc 15,34). Un cri de déréliction que lance Jésus crucifié en plein milieu de l’après-midi après trois heures de souffrances cruelles. Respirant avec peine : « à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : ‘Eloï, Eloï, lama sabachtani ?’ ce qui veut dire : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’ » écrit Marc (Mc 15,34). Cette question terrible est posée par Jésus dans sa détresse ! Cri mystérieux au moment de passer de vie à trépas. L’éminent et vénérable exégète Marie-Joseph Lagrange, qui a médité ce cri de Jésus poussé sur la croix, nous aide à le comprendre quand il écrit : « C’est toujours le Fils de Dieu qui parle. Mais la voix humaine exprime le sentiment de son humanité, de son âme désolée comme si Dieu se retirait d’elle.» (in L’Evangile de Jésus Christ, Gabalda, Paris 1928, repris par les éditions Artège/Lethielleux, Paris 2017, p.613).
Le début de ce psaume 22(21),1 est tellement fort qu’il est cité dans l’évangile en araméen translittéré, avant que l’évangéliste n’en donne sa traduction en langue grecque de son temps. Jusqu’où vais-je voir la misère humaine ? Jusqu’où va donc la malédiction que je prends sur moi ? Mais dans cette interrogation sans aucune atténuation de la gravité de l’épreuve, interpellant Dieu de front, Jésus affirme qu’il maintient sa confiance en son Dieu. C’est à cette prière du psalmiste que Jésus se raccroche ! La Bible de Jérusalem (Cerf, Paris 2000), note en substance pour ce psaume 22(21) : « La plainte et prière d’un innocent persécuté s’achèvent en action de grâce pour la délivrance attendue (vv.23-27) … et par la finale universaliste (vv.28-32), l’avènement du règne de Dieu dans le monde entier apparaît consécutif aux épreuves du serviteur fidèle. »
Oui ce cri est celui d’un abandonné, mais qui s’abandonne à Dieu, obéissant jusqu’à la mort en croix ! C’est le début d’une supplique où Jésus maintient coûte que coûte la foi en Dieu ! Il s’inscrit dans la grande tradition, affirmant aux vv.5 et 6 : « en toi nos pères avaient confiance », « sans honte. » Et il supplie au v.20a : « Toi, Yahvé ne sois pas loin. » Et dans le même souffle, Jésus, rejeté par quelques orgueilleux et trahi, donne librement la vie humaine qui lui est prise de force, subit la violence sans haïr à son tour et maintient son alliance avec l’humanité dont il se veut solidaire jusqu’au bout. C’est cette foi en Dieu et en notre humanité est cause de notre salut et signe la défaite de l’adversaire, Satan, l’accusateur de nos frères.
3/ Les évangélistes notent des personnages en poste au pied de la croix. Ils utilisent quelque chose de très concret : une boisson. L’objet concret mentionné par 3 des évangélistes, alors que Jésus souffre depuis plusieurs heures sur la croix, c’est ‘le vinaigre’. (Mt 27,48 ; Mc 15,36 et Jn 19,29-30a). Les soldats avaient à disposition dans un vase un mélange d’eau et de vinaigre, qu’ils prenaient quand ils avaient soif. Et voici qu’à la prière de Jésus rappelée par saint Jean ; « J’ai soif » on lui apporte du vinaigre sur une éponge. C’est là une application de la lamentation du psalmiste à Jésus souffrant, mourant pour nous, car le Psaume 69(68),22b note ceci au sujet de ses oppresseurs : « dans ma soif ils m’abreuvaient de vinaigre. »  Dans le même esprit que le Psaume du cri d’abandon de Jésus (Ps 22(21)) le Psaume 69(68) exprime le cri du fidèle, victime de son zèle, mais sa finale est un hymne de salut : oui « Dieu sauvera Sion ! »(v.36). Cette citation de la boisson prise par Jésus dans l’évangile de Matthieu, de Marc et de Jean en a fait un psaume de caractère messianique. L’évangile de Jean 19,28 note explicitement : « sachant que désormais tout était achevé pour que l’Ecriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit : ‘J’ai soif !’ » Car si la bouche de Jésus est bien trop sèche et motive une plainte, en réalité ce cri devient une prière qui résume toute la vie de Jésus, lui qui est assoiffé de nous sauver, de sauver la multitude des pécheurs ! Bienheureux sommes-nous également si nous sommes assoiffés de justice et de l’avenir des âmes, du salut du monde. (cf. Mt 5,6). Il y a de quoi faire, à la suite de Jésus.
4/ Nous voici à l’ultime moment, celui où Jésus crucifié va rendre l’âme comme on dit. Mais dans 2 des évangiles, c’est très précis : Jésus va prier une dernière fois : « Père ! Je remets mon esprit entre tes mains ! » en Luc (Lc 23,46a). Sauf l’adresse très personnelle de Jésus à son Père céleste, nous retrouvons cette prière de majesté sereine au Psaume (31(30),6a : «en tes mains je remets mon esprit. »  Ce psaume appelle Dieu à l’aide dans la terrible épreuve de la mort violente. Le psaume en appelle à Dieu qui est « de grande bonté » (v.20) et « mon abri » (vv.2.20) par excellence, faisant « des merveilles d’amour » (v.22) à l’écoute de nos prières et de nos cris vers lui (v.23).  L’évangile de Jean note, quant à lui, que Jésus « inclinant la tête, remit l’esprit » (Jn 19,30b). Il est alors permis de comprendre que Jésus ‘transmit’ l’esprit. Ainsi la mort de Jésus – venu souffrir pour obtenir la grâce des pécheurs – prélude à l’effusion de l’Esprit. Ce don de l’Esprit Saint qui permettra le pardon, des péchés.
En conclusion, on peut dire que c’est avec des paroles des psaumes que nous entendons Jésus nous appeler à veillez et priez avec lui à Gethsémani lorsque l’angoisse et la tristesse sont extrêmes ; et que Jésus prie cloué sur la croix. Jésus réalise ainsi et accomplit les annonces messianiques de la première alliance qu’il renouvelle Après sa résurrection, Jésus le précise en l’évangile de Luc (Lc 24,44) : « il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les Psaumes. »  Qu’en ces jours de préparation à Pâques, notre esprit s’ouvre à l’intelligence des Ecritures pour y puiser force et patience dans l’épreuve et la souffrance.

 

frère Christian Eeckhout

Frère Christian est né à Bruxelles, il est dominicain du couvent Saint-Etienne de Jérusalem, prédicateur de retraites et animateur spirituel de pèlerinages dans les pays de la Bible.

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