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Chez saint Paul, la résurrection est déjà là ou pas encore ?

La résurrection pour saint Paul, c’est maintenant ou à l’heure de notre mort ?

Noir : Eh bien, c’est maintenant !

Blanc : Non, c’est à l’heure de notre mort !

N : Quand saint Paul évoque la résurrection, il parle de quelque chose qui a déjà commencé. Je crois qu’il parle de sa propre rencontre personnelle avec le Christ. Quand il dit dans la lettre aux Philippiens : « j'ai été saisi moi-même par Jésus Christ » (Ph 8,12), il parle de sa propre expérience. C’est pour ça que Paul parle autant de sa rencontre du Christ. Il en parle par exemple dans une autre lettre, en 1 Co 15,8 (Et en tout dernier lieu, le Christ est même apparu à l’avorton que je suis.).

B : Ok, mais si tu lis la suite de cette lettre, Paul est très direct, voire très concret : « si les morts ne ressuscitent pas » « vaine est notre foi » (1 Co 15,16). Mais non, « tous revivront dans le Christ » (1 Co 15,22). Il répond même à la question « comment les morts ressuscitent-ils » (1 Co 15,35). Il utilise pour cela l’image végétale : nous mourrons comme une graine qui meurt, pour ressusciter d’une manière différente, comme la plante qui naît de la graine. Notre nouveau corps sera incorruptible, glorieux, fort, dans l’Esprit Saint, céleste… « nous serons transformés » (1 Co 15,52 ), « alors s'accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15,53).

N : Et pour toi, ça n’est pas une manière de décrire notre vie de chrétien ?

B : Non, je crois plutôt qu’il parle de quelque chose qui va venir, dans un futur. Par exemple, si on change encore de lettre, en 1 Th 1,10, il dit bien que nous attendons toujours la délivrance. Et, plus loin, en 1 Th 4,16, il précise : c’est au dernier jour que le Christ nous ressuscitera, au signal donné par l’Archange. Si on regarde une 4ème épitre, la lettre aux Ephésiens, il y évoque même la date, de manière symbolique : La résurrection, c’est pour le moment où « les temps seront accomplis » (Eph 1,10).

N : Justement, en Ephésiens, Paul parle à la fois du « jour de la délivrance » à venir et du « sceau de l’Esprit » qui nous marque déjà (Eph 4,30). Quelque chose de la résurrection s’est déjà passé.

B : Mais ce « quelque chose » n’est que partiel, il n’est pas tout. L’important, dans la résurrection, est à venir. Si nous passons à la lettre aux Romains, c’est ce que saint Paul y dit, en Rm 8,23 : « nous aussi, qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l'adoption, la délivrance pour notre corps ». Il y a déjà quelque chose, mais le meilleur est à venir.

N : Pourtant, ce quelque chose fait déjà parti du processus de la résurrection. Depuis notre baptême, nous avons suivi le Christ dans la mort et la résurrection, afin que « nous vivions, nous aussi, dans une vie nouvelle. » (Rm 6,4). Nous sommes déjà des ressuscités et cette résurrection commencée a des conséquences sur les choix que nous posons pour notre vie : « Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus. » (Rm 6,11).

B : La lettre aux Romains n’oublie néanmoins pas l’attente et elle précise même ce que nous attendons. C’est toute la Création qui attend la liberté et la gloire divine. Elle est dans « l'espérance d'être, elle aussi, libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » (Rm 8,21).

N : La lettre parle de l’attente, mais elle parle aussi des gages déjà reçus qui justifient cette attente. Pour saint Paul, ce gage c’est sa rencontre du Christ sur la route de Damas, pour nous c’est l’expérience de l’amour du Christ, qui est le gage de notre espérance en la résurrection car rien, « ni mort ni vie », « ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ ». (Rm 8,38).

B : Je crois qu’un passage pourrait articuler nos deux points de vue : (citation explicitée) « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8,11). La résurrection, le réveil, comme cela signifie en grec, c’est de se laisser habiter par l’Esprit, c’est de vivre l’expérience de la rencontre du Christ. Et il aboutit au réveil de toute la personne y compris du corps, après la mort, en Dieu.

Frère Emmanuel Dumont

Le frère Emmanuel Dumont est dominicain de la Province de France. Il vit actuellement au couvent Saint-Thomas d'Aquin à Lille, où il est aumônier en prison et en lycée.