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Notre Père (2/3) : ciel et terre

On a vu que le Notre Père, c’était une école pour notre foi et pour notre désir : croire et désirer ce qui a lieu au ciel, ce que l’on demande sur la terre.

La fin de la première partie du Notre Père vaut pour les trois premières demandes. Ce que l'on demande, c'est que sur la terre aussi, comme c'est déjà le cas au ciel, dans l'éternité de Dieu, son nom soit sanctifié, c'est-à-dire reconnu comme saint, que son règne arrive, que sa volonté enfin soit faite. Que ton nom soit sanctifié C'est une formule typique de l'Ancien Testament, ça. Le nom de Dieu, c'est pour ainsi dire le support de sa présence parmi nous. Or, ce nom, c'est 4 lettres –on dit le tétragramme . 4 lettres qu'on ne sait pas prononcer, 4 lettres dont on ne sait pas ce qu'elles veulent dire : c'est un nom propre, comme Enzo ou Cunégonde, mais un nom tellement propre à celui qui le porte qu'on ne le comprend pas. Peut-être que ça pourrait vouloir dire « je suis », ou même « je suis qui je suis » comme dans l'épisode du buisson ardent (Ex 3, 14). Vous êtes d'accord, on est bien avancé. Le nom de Dieu nous dit que Dieu existe, point barre, il ne nous dit pas qui Il est en soi. Et que Dieu est, bah c'est encore une analogie – Dieu existe, mais « au ciel », vous vous souvenez ? càd différemment de tout ce qui existe sur terre. …. Et cette analogie de l’être, c'est l'analogie qui permet toutes les autres et ça reste assez peu compréhensible, quand on essaie d'y réfléchir.

Et pourtant, si on ne comprend pas, ça ne nous empêche pas de désirer et demander ce que nous ne connaissons pas vraiment, ce que nous ne pourrons jamais comprendre totalement : que Celui-là soit sanctifié.

Et puisque la sainteté est le propre de Dieu, on ne lui demande pas qu'il devienne saint – genre, il aurait une marge de progrès - mais d'être reconnu et glorifié comme saint. Qui fait quoi ? Vous aurez noté que deux de ces demandes sont formulées avec des verbes conjugués au passif : soit sanctifié, soit faite.

voix off : qui accomplit ces actions, ça n’est pas précisé ?

2 possibilités : 1ère possibilité : c'est Dieu, ce qu'on appelle un passif divin. 

Voix off : ça veut dire que Dieu est passif ?

Non, tout le contraire ! ça veut dire que c’est Dieu lui-même qui sanctifie son nom ou qui accomplit sa volonté. 2ème possibilité, c’est l'homme qui agit : l'homme lui-même doit agir pour que ce qui arrive au ciel arrive aussi sur terre. Vous vous en doutez, c'est les deux qu'il faut comprendre : passif divin ET homme aussi actif. Dieu agit le premier et nous donne sa grâce, pour que nous fassions son œuvre sur la terre.

Conclusion : Mine de rien, le Notre Père forme notre foi : c'est Dieu le premier acteur, et l'homme travaille sous sa grâce. Mine de rien, aussi, cette foi nous enseigne la bonne attitude de l'homme devant Dieu : regarder vers Lui, au ciel, et tout attendre de Lui, notre Père, et puis nous retrousser les manches.

frère Grégoire Laurent-Huyghues-Beaufond

Le frère Grégoire Laurent-Huyghues-Beaufond dominicain de la Province de France a suivi ses études de théologie à Lille et à Fribourg (Suisse). Titulaire d'un Master en théologie, il s’est spécialisé dans l’Ancien Testament et vit actuellement au couvent du Saint Nom de Jésus à Lyon.