Approfondir

Le sommaire

Le péché a tout cassé ?

Pour beaucoup de gens, le péché originel peut être un dogme effrayant et pessimiste sur la nature humaine. Et en plus, on peut penser que c’est dépassé depuis que Darwin (un anglais comme moi) a remis en cause l’idée que Adam et Eve aient réellement existé.
Est-ce que vous connaissez Chesterton, un écrivain anglais du début XXe, qui s’est converti au catholicisme ? « Original sin [...] is the only part of Christian theology which can really be proved ». « Le péché originel est la seule partie de la théologie chrétienne qui peut vraiment être prouvé ». (Orthodoxy, ch.2) Il vous suffit d’ouvrir vos écrans et de lire les infos pour voir les dégâts causés par les hommes. Notre nature humaine est vraiment triste à voir.
Mais déjà, il me suffit de regarder en moi-même pour m’en rendre compte. C’était d’ailleurs l’expérience de saint Paul, qui écrit aux Romains : « vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais. » (Romains 7,18-19) Faire le mal et ne pas faire le bien: voilà le péché dans mon propre cœur.  
Mais si le péché existe d’où vient-il ?
On a été créés à l’image de Dieu, créés bons, puisque Dieu est bon. Alors pourquoi est-ce si difficile de faire le bien ?
Le péché originel, c’est un peu la réponse à cette question.
Saint Athanase [un père de l’Eglise, évêque d’Alexandrie en Egypte au IVe siècle] a trouvé une belle image pour l’expliquer. Imaginez un peintre qui a peint un beau portrait. Malheureusement le portrait s’est abîmé. Et bien le péché originel, c’est la même chose. Dieu nous a créés bons, à son image, mais nous nous sommes abîmés. (Athanase, Sur l’Incarnation du Verbe, 3.14.)
La Bible aussi en parle en image. Vous vous souvenez, le serpent qui tente Eve et Adam pour leur faire manger le fruit défendu. Et bien, comme le dit le catéchisme de l’Eglise catholique, ce récit « utilise un langage imagé » pour « affirmer un évènement primordial » : A l’origine, l’homme libre s’est détourné de Dieu, il a préféré se tourner vers une créature, choisir un petit bien (le fruit) à la place de la source de tout bien (Dieu). Et par orgueil, il a voulu supplanter Dieu, être son égal par ses propres forces. Et en faisant cela il s’est blessé, il a abîmé ce qui était à l’image de Dieu en lui. Et c’est le début d’une longue histoire pleine de violence et de mort, dans laquelle tous les êtres humains sont impliqués.
Mais comment est-ce que nous sommes impliqués dans ce premier péché? C’est surtout saint Paul qui va nous aider à entrer plus profondément dans ce mystère. Voici ce qu’il écrit sur ce péché originel : « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché » (Romains 5,12).
Dit comme ça, ça peut sembler terrible, hyper pessimiste. Si on reprend l’image d’Athanase, autant jeter le tableau abimé à la poubelle. Mais avec Athanase la fin est plus sympathique : le peintre n’abandonne pas son œuvre, il préfère demander au modèle de revenir. Et il restaure la peinture abimée à partir du modèle. Or le modèle c’est le Christ, l’homme parfait, l’image parfaite de Dieu.
Et c’est d’ailleurs (évidement) ce que veut dire saint Paul. Pour lui, nous sommes en quelque sorte tous solidaires dans le péché, mais davantage tous solidaires dans le Christ : « De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ. » (1 Corinthien 15,22). En fait, grâce au Christ, saint Paul est très positif. Il dit ailleurs : « mais où le péché s'est multiplié, la grâce a surabondé » (Romain 5,20).
En effet on ne peut pas parler du péché originel sans parler du Christ. C’est lui qui nous révèle l’ampleur du problème tout en nous révélant la grandeur de la solution : Dieu s’est fait homme pour nous sauver du péché originel et de la mort.
Vous connaissez l’histoire du Bon Samaritain, c’est Jésus qui la raconte (Luc 10). C’est l’histoire d’un homme qui se fait agresser par des voleurs, avant d’être sauvé par un Samaritain. Saint Luc écrit que l’homme est laissé à moitié mort. Voici l’interprétation qu’en fait Bède le Vénérable, un moine anglais qui a vécu juste avant l’arrivée des Vikings (Homélie pour la journée des rameaux, 3.105). Cet homme blessé, c’est Adam. Il a été dépouillé, il a perdu la grâce que Dieu lui avait donné, et sa nature est fort blessée.  Mais il n’est qu’à moitié mort. L’image de Dieu en lui n’a pas été complètement effacée. Et le Samaritain qui le sauve, c’est le Christ. Il lui rend la vie, il lui rend la ressemblance avec Dieu.
Autrement dit, le péché originel, c’est le fait que nous avons perdu la ressemblance avec Dieu. Mais il ne faut pas trop exagérer, comme dans les interprétations trop sévères de Luther, Calvin et les jansénistes. Eux croient que l’homme, abimé par le péché ne peut plus faire de bonnes actions naturelles sans l’aide de Dieu, qu’il ne peut plus connaître Dieu par la raison naturelle et, même, qu’il a perdu sa liberté. Dans ce cas l’homme de la parabole du Bon Samaritain ne serait pas qu’à moitié mort, il serait complètement mort. Pour un catholique, à la fois la nature n’est pas complètement morte et à la fois, nous sommes incapables de nous relever de nous-mêmes, nous avons toujours besoin de l’aide de Dieu pour être restaurés à l’image de Dieu.
En résumé, le péché originel nous aide à penser plusieurs choses : le péché existe mais il ne vient pas de Dieu mais de notre liberté et de la manière dont nous en abusons. Nous sommes abimés profondément par le péché, depuis le premier péché, mais pas totalement. Et surtout, notre lien à Adam dans le péché et la mort nous aide à mieux comprendre et recevoir avec gratitude notre lien plus fort avec le Christ dans le bien et la vie.

frère Matthew Jarvis

Frère Matthew Jarvis étudie actuellement les Pères de l’Eglise au couvent du Saint-Nom-de-Jésus, à Lyon. Il nous vient d’Angleterre. Il a étudié la théologie à Oxford et exercé comme aumônier d’étudiant au couvent de Holy-Cross de Leicester.